L'heure pour entreprendre!

Un Professeur de stratégie à Harvard, Michael Portera, a dit un jour “ L’innovation est la clé de la prospérité économique”. Avec l’essor des technologies de l’information et de la communication, le monde a vu émerger une nouvelle économie et avec elle la naissance d’un nouveau type d’entreprises d’avant-garde : les startups (traduit de l’anglais : entreprise qui démarre).

Ce mot aujourd’hui sur toutes les lèvres, certains pays comme les Etats-Unis, la France, l’Estonie ou encore le Chili ont en fait « la force » de leur économie. En quoi consiste cette nouvelle manière d’entreprendre ? Qu’en est-il des startups tunisiennes et quelles sont leurs chances dans un monde désormais sans frontières ?

 

Une start-up est une entreprise à fort potentiel de croissance qui démarre sur la base d’une idée innovante. Il ne s’agit pas d’une PME classique mais d’une entreprise capable d’attirer de gros investissements aptes à lui garantir une croissance exponentielle dès son accession au marché. Cette relation fusionnelle qui existe entre innovation et « capital confiance » a permis, ces dernières années, l’émergence de véritables mastodontes qui ont créé des richesses considérables dans les pays où ils étaient implantés. Pour ces entreprises, le risque d’échec est extrêmement élevé, mais pour celles qui réussissent à franchir la phase de lancement, leur valeur marchande peut dépasser parfois et en peu de temps, le budget d’un Etat.

En 2003, Niklas Zennström et Janus Friis, deux développeurs informaticiens scandinaves de 30 ans (à l’époque), créent Skype (Société internationale de téléphonie sur internet) et la lancent en Estonie. Deux ans plus tard, en 2005, la start-up est vendue à « eBay » pour 2,6 milliards de dollars. Des success story comme celle-ci, il en existe beaucoup, tellement, que de nombreux pays, ont aujourd’hui fait du numérique un des moteurs principaux de leur économie.

 

Au Salon mondial des Startups, Viva Technology, organisé à la mi-juin 2017 à Paris, le président Français, Emanuel Macron, n’est pas arrivé les mains vides. Devant des dizaines de milliers de visiteurs, il annonce la création d’un fonds de 10 milliards d’euros de soutien à l’innovation, aux startups. « La France sera la nation leader de l’hyper croissance. Nous devons devenir un pays de Licornes* qui favorise l’émergence de champions » a-t-il déclaré, le 15 juin.

Lors d’une conférence donnée en marge de « Vivatech », Eric Schmidt (ex-directeur général de Google, aujourd’hui président exécutif d’Alphabet, le holding de Google) a lui, déclaré : « Bientôt, je pourrais vous parler en anglais et vous me comprendrez en français à travers le téléphone […] Dans votre vie, vous serez tous conducteurs, ou plutôt passagers d’un véhicule autonome […] Nous sommes à l’aube d’une ère technologique majeure ».

 

La question qui se pose à ce stade est : Quelle place accorderont les décideurs tunisiens à cette nouvelle ère technologique ?

 

Actuellement, le secteur du numérique en Tunisie contribue à hauteur de 7,2% du PIB. Il offre des potentiels de croissance importants pour la Tunisie, qui figure aujourd’hui, parmi les pays d’Afrique les plus développés en matière de TIC. Ceci dit, l’absence de cadre légal et de facilitation fiscales, notamment pour les startups, constitue un véritable frein pour l’entreprenariat. Selon le « Global Entrepreneurship Monitor » (première étude sur l’entrepreneuriat au monde), la part de la population entre 18 et 64 ans, exerçant une activité entrepreneuriale en Tunisie, n’est que de 2%. Au Chili ce rapport l’estime à 15%.

 

Le 11 avril 2017, un workshop a été organisé par plusieurs jeunes entrepreneurs au Technopole El Ghazala, en présence du chef du gouvernement, Youssef Chahed, du ministre des TIC et de l’Economie numérique, Anouar Maârouf et de la secrétaire d’Etat à l’Initiative privée, Sayida Ounissi. Toutes les parties participantes, y ont prôné la mise en place rapide du « Startup Act ».

Il s’agit d’un ensemble de lois pensées pour faciliter la naissance d’entreprises innovantes en Tunisie mais aussi pour faire naître, concrètement et sur le moyen terme, une culture entrepreneuriale dans le pays. Les concepteurs du projet font savoir qu’il s’agit « d’un travail collaboratif et participatif qui s’est fait sur plusieurs mois et qui a mobilisé toutes les parties prenantes (entrepreneurs, administrations et investisseurs). L’aboutissement : un rendu de 22 mesures qui se veulent garantes d’un environnement de qualité pour les startups. Ces mesures permettraient de faire un rattrapage par rapport à des environnements adjacents ». 22 mesures qui feront de la Tunisie un pays « Startups Friendly ».

 

Dans les semaines qui ont suivi le « workshop », le Startup Act a été soumis à un CMR (Conseil ministériel restreint) et son examen a été reporté à cause de lenteurs administratives et de la réticences de certains décideurs. Le projet est aujourd’hui à l’arrêt comme beaucoup d’autres, liés à l’économie numérique.

Questionné sur le sujet, en marge de la Conférence sur l’Economie Sociale et Solidaire qui a eu lieu sous le haut patronage de Youssef Chahed ce 5 juillet 2017, le ministre de l’investissement et de la Coopération internationale et ministre des Finances par intérim, Fadhel Abdelkefi nous a répondu comme suit : « Pour la formulation du Startup Act, ces concepteurs n’ont pas pris en considération les recommandations du ministère des Finances. Nous travaillons actuellement à une solution et nous y arriverons ! ».

 

Deuxième coup dur pour le secteur en ce début d’été : la société américaine de paiement en ligne « Paypal » a annoncé le refus du dossier déposé par la Tunisie. Sauf que les professionnels du secteur en Tunisie ont expliqué que le service n’a pas été autorisé à cause de la loi de change tunisienne ! Le blocage serait donc survenu au niveau de la Banque centrale et du ministère des Finances.

Le service aurait permis aux entreprises tunisiennes de payer des achats, de recevoir des paiements, ou d’envoyer et de recevoir de l’argent via internet. D’après les informations dont nous disposons, une solution alternative serait néanmoins sur le point de voir le jour. Aux startups labélisées, le plafond de la « carte technologique » sera augmenté à 100 mille dinars.

 

Comme si le secteur n’avait pas été assez pénalisé par les retards et restrictions, le 23 mai 2017, les entreprises du domaine sont de nouveau prises à contre-pied avec l’apparition d’un nouveau décret imposant des droits de douanes de 20% sur les équipements télécoms et IT (technologies de l’information). Devant la protestation des professionnels, un arrangement avec les autorités douanières fut trouvé, en attendant l’amendement dudit décret (2017-419), qui n’arrive toujours pas.

 

La communauté des startups, représentée par de nombreuses associations de la société civile, tel que « Tunisian Startups » et d’autres, fait part aujourd’hui de son inquiétude et explique qu’elle attende un signal fort de la part du gouvernement en faveur de l’entrepreneuriat.

Un signal en faveur d’une jeunesse tunisiennes frustrée de voir des activités commerciales classiques (centrales d’achats) importer des produits superflus, en devises. Des activités sans aucune valeur ajoutée pour l’économie d’un pays qui se vide peu à peu de ses compétences. Selon ces personnes un énième retard dans la mise en place de ces mesures est inadmissible, surtout lorsqu’on observe le gap technologique qui se creuse chaque jour encore plus, entre la Tunisie et les autres pays, au risque de devenir un fossé infranchissable…

 

 

*Licorne : est une startup, valorisée à plus d’un milliard de dollars

 

Source : http://www.businessnews.com.tn/Les-startups-tunisiennes-pourront-elles-un-jour-devenir-des-Licornes

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