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  • Samir Abdelkrim (avec chapeau), jeunes créateurs d'entreprise africains

    Samir Abdelkrim (avec le chapeau), parmi de jeunes créateurs d’entreprise africains – Samir Abdelkrim / StartupBRICS.com

C’est un chasseur… de start-up. Rencontre avec Samir Abdelkrim, consultant et fondateur du blog StartupBRICS.com, qui va dénicher pour nous au cours des prochains mois les prochaines pépites parmi les start-up africaines.

« L’Afrique, c’est la prochaine frontière de l’entrepreneuriat numérique, celle qui créera la croissance digitale de demain ! » Sur Skype, la voix est lointaine, mais le ton passionné.
Après des études en Droit et Sciences Politiques à Aix en Provence, Samir Abdelkrim se passionne pour l’international et l’univers des startups. Spécialisé sur les écosystèmes des pays d’Afrique du Nord et du Proche Orient, il a travaillé pendant 5 ans comme expert pour plusieurs programmes de l’Union Européenne visant à soutenir l’investissement étranger, l’innovation et les écosystèmes startups dans cette zone. Il a par la suite lancé le blog StartupBRICS.com et il explore actuellement les écosystèmes numériques africains de long en large, et ce pendant plusieurs mois. Pour Les Echos Business, il nous fait partager son expérience terrain. Rencontre.

-Pourquoi cet intérêt pour l’Afrique sous l’angle entrepreneuriat ?

Samir Abdelkrim : En 2100, un être humain sur 3 sera africain. Qu’est ce cela veut dire ? Cela signifie que l’Afrique, continent qui fut le berceau de l’humanité, constitue d’ores et déjà son avenir ! Alors, oui, l’entrepreneuriat africain est une source d’inspiration. Car sur le continent africain, l’innovation est pragmatique, nécessaire et doit répondre de manière très empirique aux problèmes du quotidien : ici le mobile fait office de PC, de carte bancaire, mais aussi de fenêtre sur le monde via les réseaux sociaux. On compte environ 800 millions de téléphones mobiles en Afrique et ce n’est pas pour rien que des géants comme Facebook se déportent de plus en plus vers le mobile (rachat de l’appli Whatsapp) pour capter ce futur gisement de croissance généré par un continent jeune, demandeur de nouvelles technologies et en plein boom.

Quelle est la réalité du terrain ? L’écosystème est loin de la Silicon Valley…

Samir Abdelkrim : Effectivement, les problèmes en Afrique restent nombreux. Etant sur le terrain et après avoir parcouru près de 7 pays sub-sahariens, je peux modestement en témoigner : routes de mauvaise qualité, coupures d’électricité, des infrastructures de santé qui manquent chroniquement de moyens – la tragédie Ebola nous le rappelle cruellement chaque jour. Mais c’est précisément parce que l’Afrique concentre de nombreux problèmes que c’est le continent des opportunités et de la créativité : les startupeurs africains ont pris conscience du pouvoir du numérique pour répondre à de vrais défis. Par exemple en créant des applications qui améliorent la sécurité dans les transports, permettent aux agriculteurs de vendre leurs productions aux meilleur prix, aux habitants des zones reculées de rester informés même sans internet, etc. Pour toutes ces raisons je dirais que l’entrepreneuriat numérique africain est d’abord un « entrepreneuriat de solutions » !

-Beaucoup d’idées reçues, de méconnaissances entourent le paysage des start-up africaines, vue de France. Quel est votre regard ?

Le réveil de l’Afrique numérique est déjà largement enclenché mais c’est vrai qu’en France on préfère encore regarder du côté de la Silicon Valley, qui continuera encore longtemps de faire rêver les start-up françaises en quête d’inspiration. Pourtant la prochaine grande révolution entrepreneuriale se jouera bien ici…  A-t-on seulement pris conscience que, selon le FMI, d’ici 2018, 12 des 20 pays à plus forte croissance dans le monde ne se situeront pas en Asie mais… bien en Afrique !

Quelques exemples :
« Au Sénégal, les nouvelles technologies représentent déjà plus de 3,3% du PIB… La combinaison de plusieurs facteurs comme la forte progression des classes moyennes africaines, la progression de la fibre optique et la démocratisation des smartphones lowcost fait que l’on trouve aujourd’hui à la fois un marché de plus en plus mature, exigeant, bancarisé via le mobile money et donc prêt à consommer des services en ligne. Ces éléments favorisent en parallèle l’accélération d’un écosystème entrepreneurial avec la multiplication des applications mobiles 100% africaines. Et si avec Nairobi ou Le Cap l’Afrique anglophone continue de concentrer les scènes start-up les plus en vue, de plus en plus de développeurs mobiles basés à Dakar, Abidjan ou Cotonou montent au créneau et proposent des applications qui répondent de plus en plus aux standards internationaux en termes de qualité, même si de gros besoins en formation et en mentoring se font toujours ressentir. »

Contrairement aux idées reçues, ici rien n’est figé et tout progresse à vive allure : les communautés Tech africaines sont de plus en plus structurées, dynamiques et suivent les mêmes tendances que l’on peut voir en France et en Europe : chaque semaine se créé quelque part un nouveau hub, espace de coworking, incubateur, accélérateur… Une vraie opportunité pour les écosystèmes numériques français qui composent la French Tech. Et je pense que le premier levier pouvant permettre ce rapprochement est la diaspora Tech d’origine africaine qui sera de plus en plus nombreuse à revenir créer de la valeur en Afrique.

Zoom sur StartupBRICS.com
StartupBRICS.com est un blog créé en juin 2013, centré sur les start-up et l’innovation dans les pays émergents. En un an, l’équipe de 7 personnes s’est internationalisée avec des experts directement présents sur le terrain, en Inde, en Chine, au Brésil. Samir Abdelkrim parcourt actuellement l’Afrique avec le projet #TECHAfrique. Son but ?  « Nous bâtissons des réseaux solides sur les territoires où nous sommes présents et nous conseillons déjà des grands groupes ainsi que des start-up françaises dans leur stratégie de déploiement dans les pays émergents. »

Qu’est-ce que TECHAfrique ?

Samir Abdelkrim : #TECHAfrique  est une initiative entrepreneuriale qui se déroule sur le terrain : je me suis fixé comme objectif de parcourir pendant 7 mois 10 pays à la rencontre de ceux qui font battre le pouls de l’Afrique numérique. Et à mettre en avant ce potentiel à travers des portraits et des interviews de startupeurs africains. Avec un focus particulier mis sur l’Afrique francophone, région trop peu mise en avant par rapport à l’Afrique anglophone, ce qui est une erreur selon moi. La préparation de #TECHAfrique m’a pris plusieurs mois et pour financer ce projet, j’ai mené une campagne de crowdfunding sur Ulule que j’ai réussi au bout de 30 jours en dépassant largement mon objectif de collecte… Un vrai marathon ! Ce fut un challenge intense mais passionnant et riche en belles rencontres !

-En quelques mots, votre dernier coup de cœur ou coup de gueule ?

Samir Abdelkrim : Je ne vais pas mentir, voyager à travers l’Afrique sur une grande partie de l’année demande une très bonne préparation, notamment physique. Mais si l’on échappe difficilement aux petites galères du quotidien (principalement logistiques), l’expérience humaine acquise ici est inestimable, unique. L’Afrique rend humble, ici on apprend à faire mieux et plus avec moins.
Dans de nombreux pays d’Afrique, les freins à l’entrepreneuriat ne manquent pas (pas de financements, manque de compétences, rareté des mentors…) et j’admire profondément la patience et le courage des startupeurs que j’ai pu rencontrer un peu partout au Sénégal, en Côte d’Ivoire, en Mauritanie, au Mali et ailleurs… Aussi mon coup de cœur est collectif : j’ai trouvé en Afrique des entrepreneurs d’une résilience, d’un courage incroyable et qui ont en eux ce petit supplément d’âme qui fait que l’on entreprend en Afrique pour montrer l’exemple et aider son pays. L’esprit d’entreprise est un état d’esprit profondément africain, et je suis convaincu que les start-up africaines créeront les innovations disruptives dont le Monde s’inspirera demain… « From Africa to the World » en quelque sorte !

  • Rencontre : «L’Afrique, prochaine frontière de l’entrepreneuriat numérique»

    Valerie Talmon | Le 03/10/2014 à 05:00

En savoir plus sur http://business.lesechos.fr/entrepreneurs/web/rencontre-l-afrique-prochaine-frontiere-de-l-entrepreneuriat-numerique-103398.php?2FC2ZlXHh7wuzuPf.99

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