L'heure pour entreprendre!

 

Par VIVIANE FORSON

Le déclic, c’est Moussa Fofana, fondateur de Yeelenpix, qui l’a eu. C’était en 2011, lorsqu’une amie travaillant dans une agence de communication à Abidjan lui demande de lui acheter des images sur une plateforme occidentale, dans le cadre d’un appel d’offres : « Je me suis alors rendu compte qu’il n’existait aucune banque d’images en ligne vraiment dédiée à l’Afrique. J’en ai alors imaginé une avec des illustrations numériques, exclusivement africaines, proposant une vision réaliste et contemporaine de l’Afrique », explique-t-il. Une fois ce besoin identifié, le jeune ingénieur en informatique, passionné de photographie, avec sa fibre entrepreneuriale, décide d’en faire un projet d’entreprise, et ce, d’autant qu’il s’agit d’une niche inexploitée.

La constitution du réseau n’est pas évidente

L’idée faisant son chemin, Moussa Fofana prend contact avec des photographes, certains dans son réseau, en Côte d’Ivoire, auSénégal, en Tunisie, au Nigeria, ou encore au Cameroun. Il constitue une première banque d’images avec difficulté. Ce qui se comprend du fait de la méfiance des photographes. Pour les convaincre de participer au projet, Fofana met en place des contrats verrouillés avec l’aide des meilleurs conseils juridiques et financiers afin de garantir la protection de leur droit à la propriété intellectuelle. Il met aussi en place un mode de rémunération le plus clair et le plus transparent possible.

Enfin, un premier noyau se constitue

À ce stade, Yeelenpix n’existe pas encore en tant que tel et l’entrepreneur est obligé de ronger son frein. En 2013, trois amis passionnés d’Afrique mais aussi pleins de savoir-faire le rejoignent dans l’aventure. Yeelenpix est enfin créé. Comme nom, ils choisissent d’associer le mot « yeelen », « lumière » en dioula, à « pix » pour « pixels ». Alex Yaovi Poblah, d’origine béninoise et expert en achat, Maguette Mbow, d’origine sénégalaise et expert en stratégie digitale, enfin Céline Crespin, Française et spécialiste en communication digitale, sont désormais dans la même barque. Ensemble, ils se lancent dans l’aventure de cette start-up bien originale qui a l’Afrique au coeur de son ADN. Pas une Afrique recroquevillée sur elle-même, mais une sorte de « nouvelle Afrique » où talent, impact des origines et convictions se conjuguent au service de nouvelles images plus réalistes et conformes à l’Afrique d’aujourd’hui.

Comment ça marche ?

Concrètement, Yeelenpix est un site en version alpha qui propose près de 10 000 images et illustrations exclusives et variées, alignées sur les standards internationaux « à l’instar des géants Getty Images ou Shutterstock, même si pour l’instant seule une partie de cette base a été mise en ligne ». Les prix, que l’équipe a voulu compétitifs, s’affichent aussi bien libres de droits qu’avec des droits gérés via la banque d’images. Ils ont été optimisés au printemps dernier avec la mise en place d’achats par crédit, valables un an et servant de porte-monnaie électronique. Pour faciliter l’acte d’achat, un geste a été fait en direction du continent. Ainsi trois crédits équivalent-ils à six euros. « Une autre des difficultés que nous avions au début était la complexité des licences disponibles à l’achat. Les clients avaient souvent du mal à se retrouver parmi un ensemble de sous-licences diverses », confie Moussa Fofana. « Désormais, il y a une simplification des licences proposées en deux catégories : une licence standard avec une tarification fixée en fonction de la taille et pour tout usage, une licence premium avec une tarification fixée en fonction de l’utilisation, commerciale ou éditoriale », explique-t-il. Pour les amateurs d’images d’ailleurs, il suffit de créer son compte. Mais, alors, où en est-on aujourd’hui ? Au total, le site comptabilise près de 2 000 visites par semaine. Il y a certainement mieux, mais ce n’est pas le pire. C’est un début encourageant, et ce, d’autant qu’une prolongation s’opère sur les réseaux sociaux. Une preuve que l’approche séduit.

Un projet financé sur fonds propres

Pour se lancer, les promoteurs ont mis leur propre argent. Résultat : la jeune start-up n’a pas de dettes. De quoi faciliter l’investissement d’une partie du chiffre d’affaires dans les développements structurels et la production. Un argument qui pourrait être mis en avant auprès des investisseurs approchés par l’équipe pour une collecte de fonds significative. Et sur l’Afrique, Moussa Fofana, associé majoritaire, martèle que, bien qu’installée à Paris, la start-up s’est constituée autour de valeurs africaines. D’ailleurs, le continent est au coeur de son business plan. Il est prévu d’y étendre l’activité commerciale de manière intensive. À court terme, ce sera dans un pays d’Afrique de l’Ouest. Objectif : renforcer le réseau de photographes dont le niveau de rémunération est aussi une priorité. « Nous recevons de plus en plus de demandes de photographes dont les oeuvres sont sélectionnées et publiées en fonction de leur qualité. Un tri s’impose donc », dit Moussa Fofana. « En effet, toutes les photos du site sont méticuleusement vérifiées et validées avant publication. Résultat : notre base de données compte aujourd’hui plus de 15 000 images. Et nous avons pris le parti de parier sur la qualité », affirme Moussa Fofana, même s’il reconnaît par ailleurs que certains pays comme le Gabon, la Guinée, l’Égypte, le Maroc… sont absents.

Nouvel acteur du marché, Yeelenpix doit faire son trou

Il y a Fotolia ou Shutterstock à l’international, mais dans leur sillage, il y a aussi d’autres groupes comme Africalbum, Afrique-annuaire, et plus récemment le groupe de presse Jeune Afrique qui vient de lancer une banque d’images sur l’Afrique. La raison ? Le continent connaît depuis cinq ans une forte croissance. Dans plusieurs régions, celle-ci a dépassé 4,5 % en 2012, selon la Banque africaine de développement. Sur le terrain, cela se traduit par une augmentation progressive du pouvoir d’achat avec une nouvelle classe qui sera en mesure de payer si on lui propose des services correspondant à ces besoins. Autre facteur : la technologie. Même si l’Afrique accuse un sérieux retard dans certains domaines, des progrès substantiels sont enregistrés ici ou là quant au taux de pénétration des TIC (Internet, mobile, etc.). Le marché des télécommunications en Afrique est une belle illustration avec l’usage très généralisé du mobile. Sans compter que l’Afrique innove en matière de paiement par mobile, notamment au Kenya avec le système M-Pesa. Et Yeelenpix compte s’engouffrer dans ces ouvertures pour saisir des occasions. La jeune start-up sait que ce ne sera pas simple, mais Moussa Fofana se veut serein. « Même pas peur », dit-il quand on lui fait remarquer l’écart entre sa jeune et petite entreprise et l’énormité des perspectives. Avec la ferme volonté de dépasser le stade de banque d’images, il se dit conscient de la nécessité d’innover. Sera-ce sur des créneaux porteurs ? L’avenir le dira.

 

Source: http://www.lepoint.fr/afrique/economie/yeelenpix-la-start-up-qui-veut-en-mettre-plein-la-vue-27-06-2014-1841437_2033.php

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