L'heure pour entreprendre!

Signe d’un profond changement dans les mentalités, 76 % des enseignants du secondaire déclarent avoir une bonne opinion de l’entreprise. Ce qui n’empêche pas « Le Figaro » de titrer : « Ne laissons pas les profs démolir l’entreprise ! »

Dans une école à Nantes (Sébastien Salom-Gomis/Sipa)

Dans une école à Nantes (Sébastien Salom-Gomis/Sipa)

76% des enseignants du secondaire disent avoir une bonne opinion de l’entreprise, 72% pensent que l’entreprise a sa place à l’école, 93% plébiscitent les forums d’information et d’orientation sur les métiers au collège et au lycée et 74% souhaitent la réalisation de stages par les élèves : tels sont quelques-uns des résultats inédits du sondage réalisé en novembre auprès de 963 enseignants du second degré par OpinionWay et l’institut Treize Articles. Le commanditaire de cette enquête était le Réseau national des entreprises pour l’égalité des chances dans l’Education nationale, un organisme créé en 2006 pour favoriser l’insertion des jeunes en renforçant les liens entre les employeurs et l’école.

Au niveau des valeurs, et en positif, l’entreprise est vue comme porteuse d’innovation pour 80% des profs, d’épanouissement pour 40% d’entre eux et de convivialité pour 38%. En négatif l’entreprise est perçue comme synonyme de stress pour 90%, d’exploitation pour 62% et de discrimination pour 45% des répondants. Pourtant il se trouve au final 40% de profs pour voir dans l’entreprise « le plus bel endroit au monde après la famille. »

« Le Figaro » se désespère

« Les professeurs ont changé de regard sur l’entreprise », a titré le quotidien économique « Les Echos ». Mais le plus comique est l’analyse qu’a fait « Le Figaro » de cette enquête, titrant sur 5 colonnes, sous la plume d’un Yves de Kerdrel désespéré : « Ne laissons pas les profs démolir l’entreprise ! » De Kerdrel est révolté par le fait que les profs voient en l’entreprise un univers générateur de stress. Il faut pourtant complimenter les profs pour leur bon sens : c’est une évidence que l’ambiance de compétition dans lequel opèrent les entreprises est génératrice de stress, et autant en prévenir les futurs diplômés. Si c’était l’inverse, et qu’un sondage établissait que les entreprises françaises sont marquées par une ambiance de flegme et de détachement, de Kerdrel hurlerait en stigmatisant une scandaleuse démobilisation du personnel.

Inutile donc de nier que le stress est consubstantiel à l’univers concurrentiel. Ce qui a beaucoup secoué de Kerdrel, c’est que les sondeurs ont recueilli des mots-clés exprimés par certains profs lors de cette enquête. Ainsi pour qualifier l’entreprise, sont sortis les mots « enfer » ou « long couloir sans fenêtres ». Qu’on trouve quelques profs pour avoir cette vue de l’entreprise, pour en être restés à la vision de Zola ou des Temps Modernes, il n’y a pas de quoi en faire un plat. On trouve bien les mêmes clichés outranciers quand on interroge des dirigeants au sujet des profs.

Ces derniers sont plutôt réalistes et objectifs. En effet s’ils sont 66% à penser que l’entreprise est un lieu où la discrimination est répandue, ils ne sont pas plus tendres pour l’école puisqu’ils sont 63% à estimer que les jeunes ayant un handicap physique ont moins de chance de réussir à l’école, à 56% en ce qui concerne les jeunes d’origine maghrébine ou d’Afrique noire.

Une action en profondeur de Vincent Peillon

Cette étude vient confirmer que les mentalités ont beaucoup évolué au niveau des relations entre école et entreprise. Et Vincent Peillon joue à ce niveau un rôle très actif. Il a annoncé un ambitieux objectif de sensibilisation des collégiens et lycéens, dés la 6e, à l’univers des métiers. En septembre dernier, il a déclaré : « Mon rôle est de rappeler aux enseignants que l’entreprise n’est pas un lieu d’exploitation mais un lieu de création de richesses dans lequel on peut s’épanouir. Mais j’attends des entrepreneurs un discours aussi responsable que le mien pour réussir le rapprochement entre l’école et la sphère économique ».

En octobre, il a installé le Conseil national éducation économie, chargé notamment d’améliorer l’information sur les métiers, annonçant son souhait de voir intervenir des entrepreneurs dans les établissements du secondaire. Le 18 octobre dernier, il assistait au lancement du mouvement « Entrepreneurs demain » présidé par Philippe Hayat, fondateur du site 100.000 entrepreneurs.com, une association issue des Assises de l’Entrepreneuriat organisées par Fleur Pellerin en avril 2013, qui fait des exposés dans les collèges et lycées, une action que nous avions commentée ici

Il aura donc fallu attendre un gouvernement socialiste pour voir naître un vrai chantier de rapprochement entre l’univers de l’entreprise et celui de l’enseignement. Dans le passé, on a entendu d’innombrables déclarations d’intentions pour des actions de ce genre, toujours restées sans suite.

 

Source : http://tempsreel.nouvelobs.com

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